■ Transition Démocratique: Guinée Fixé Sur Les Urnes Mais l'Incertitude Demeure
Le 27 juin 2010, les Guinéens se rendront enfin aux urnes. Si les prévisions tiennent, ca sera l'une des premières élections démocratiques organisées dans ce pays de plus de 10 millions habitants, depuis des années. L'élection présidentielle de 27 Juin - déjà plusieurs fois reportée - constitue la dernière phase d'un processus de transition visant à mettre fin à une crise politique et un régime militaire, en place depuis le putsch menée par le Capitaine Moussa Dadis Camara en Décembre 2008.
L'élection fait partie d'un accord négocié par le représentant de la CEDEAO et Président Burkinabé, Blaise Compaoré en Janvier 2010 avec le General Sekouba Konate - président de la transition et Dadis Camara - l'ancien chef de la junte, stipulant des élections présidentielle dans un délai de six mois. Un décret présidentiel au début du mois de Mai a effectivement fixé les dates du premier et deuxième tour du scrutin respectivement les 27 Juin et 18 Juillet, suite a une annonce du General Konate a cet égard au mois de Mars. Ce dernier - qui d'ailleurs n'a aucune ambition politique ou présidentielle - a exprimé son désir de voir un gouvernement civil installé le plus vite possible.
Les principaux prétendants à noter- selon diverses sources - sont: Alpha Condé du Rassemblement du Peuples Guinéens (RPG), et trois anciens premiers ministres - Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo et François Fall. Un grand nombre d'autres candidats sont alignés - rendant peu probable qu'aucun candidat obtiendra la majorité absolu nécessaires pour éviter un deuxième tour. Malgré cette détermination de passer à l'étape ultime vers un régime civil et démocratique, un nuage d'incertitude demeure sur la Guinée.
La Question de la Réforme Constitutionnelle
Incapable de résister à des vents de changement politique soufflant sur l'Afrique à la suite de l'effondrement de l'Union Soviétique en 1990, une constitution libérale et démocratique fut adoptée par les Guinéens dans un référendum populaire, en même année. Cette constitution aboli le régime militaire, libéralise la politique et réduit des pouvoirs exécutifs et le mandat présidentiel à deux termes de cinq ans. Toutefois, et à la désillusion des Guinéens qui adopta la nouvelle constitution avec un optimisme comparable à celle de l'ère des indépendances, la non-application du nouveau ordre constitutionnelle conduit aux irrégularités électorales assurant effectivement que l'ex-président Lansana Conté remporta toutes les échéances électorale durant la période qui suit cette transition.
Dans ce contexte, les Guinéens sont lentement amenés à accepter le fait que, sans aucune intention du régime Conte de les mettre en oeuvre, les réformes de 1990 n'étaient qu'une façade. Au fil du temps, le niveau de vie chuta et la corruption augmenta, provoquant des émeutes politiques, la désobéissance civile et des tentatives de coups d'Etats entre 1993 et 2000. La riposte de Conte fut l'adoption d'une nouvelle constitution - par un référendum très critiqué en 2001 - qui renversa tous les gains réalisés en 1990, en supprimant les limitations de mandat présidentielle, afin de lui permettre de se présenter au prochaines présidentielles. Par conséquent, la disparition de Conté en 2008 fut perçue comme l'opportunité de tourner une nouvelle page dans l'histoire du pays - en dépit de l'intervention militaire inattendue le lendemain de sa mort.
Avec la transition en cours, les attentes sont élevées pour un processus participatif des réformes globales
accordant au Guinéens ordinaires une voix directe dans l'élaboration du nouvel ordre constitutionnel et la mise en place d'une société démocratique fondée sur les principes du constitutionnalisme. Hors, le Conseil National de transition (CNT), dirigé par le syndicaliste - Rabiatou Serah Diallo, écrit et adopta, en avril, une constitution qui fut promulguée par décret présidentiel le 6 mai 2010. Le Premier Ministre de la transition - Jean Marie Dore, qui selon des sources diverses, aurait préféré un référendum sur le projet de loi constiutionnel, est de nouveau, à couteaux tirés avec Serah Diallo sur la façon dont la nouvelle constitution fut créé. Il a ouvertement dénoncé et critiqué le processus. D'autres observateurs estiment que son contenu serait incompréhensible pour les Guinéens ordinaires qui n'ont été ni consultés, ni donnés la possibilité de commenter sur le document.
Dans la mesure où ni les mandats du président de la transition ou ce de la CNT fut directement confirmée par le peuple Guinéen qui demeurent les détenteurs ultime du pouvoir souverain, le mécanisme par lequel cette constitution - indépendamment de ses dispositions d'apparence progressiste - a vu le jour, ouvre une boîte de Pandore tout nouveau. Vu l'expérience entre 1990 à 2001, et jusqu'à la mort de Conté en 2008, il semblerait, que des questions pertinentes pour la stabilité à long terme, ne sont pas prises en compte, malgré la volonté et la bonne foi apparente des principaux acteurs de la transition. Certes, il est peu probable que la transition en cours peut être suspendue, quelque soit les motifs. Néanmoins, à une époque où le principe de la participation populaire au processus politique prend un sens au-delà de participation pendant des élections périodiques, les questions essentielles qui se posent sont de savoir si la situation actuelle peut être récupéré afin de garantir que cette constitution - malgré elle - est effectivement protégée de manipulations politiques dans l'avenir pouvant conduire à des crises et instabilité politiques comme fut le cas ces dernières 50 années? Quel rôle, le cas échéant peuvent / doivent jouer des organismes régionaux et sous régionaux - en particulier, la CEDEAO qui fut un acteur principal dans le processus jusqu'à présent - à contribuer à la réalisation de cet objectif? Ou encore, la Guinée, devrait-il reculer à ce stade - malgré les implications logistiques à considérer - pour réévaluer de nouveau les risques et les opportunités de l'actuelle feuille de route, avant de procéder? Y a-t-il des options encore ouvertes à ce stade?
Par Tayuh Ngenge
3 Juin 2010
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